Des chercheurs ont découvert une mutation d’un gène qui provoque une hypersensibilité de certains circuits neuronaux responsable des douleurs migraineuses, et le mécanisme en jeu. De quoi envisager un traitement. Plus de 10 millions de Français souffrent régulièrement de migraines, crises douloureuses qui durent entre 4 et 72 heures et qui s'accompagnent d'autres symptômes comme une sensibilité accrue au bruit, aux odeurs ou à la lumière, ainsi que de nausées ou de vomissements

 Vingt pour cent des crises sont associées à des troubles neurologiques, notamment visuels, nommés auras, des sortes d'hallucinations. La douleur est si invalidante que chaque année, en France, 20 millions de jours de travail sont perdus. Et pourtant, aucun traitement vraiment efficace n'est encore disponible, notamment parce qu'on ne connaît pas l'origine de la migraine. En revanche, les chercheurs savent depuis longtemps que la maladie est en grande partie héréditaire, le risque que vous en souffriez augmentant de 80 % si l'un de vos proches parents est atteint. De ce fait, identifier les mécanismes génétiques impliqués permettrait de mieux comprendre les origines de la migraine. L'équipe de Guillaume Sandoz, de l'institut de biologie Valrose, à Nice, vient enfin de trouver un mécanisme génétique en cause dans la migraine.

Ce qui ouvre potentiellement la porte à un nouveau traitement.
On sait depuis une trentaine d'années que les douleurs associées à la migraine mettent en jeu le système nerveux trigéminal, et notamment ses fibres sensorielles qui transmettent de multiples informations dans le visage et le crâne, en particulier la douleur. Une hyperexcitabilité des neurones sensoriels de ce système est associée aux crises migraineuses, sans que l'on sache pourquoi cette activité exagérée existe chez certaines personnes et pas d'autres. Les chercheurs français se sont donc intéressés à la propagation de l'influx nerveux le long des neurones, qui dépend de différents flux d'ions à travers la membrane de ces derniers, via des canaux ioniques d'un type particulier. Notamment, les canaux potassiques à deux domaines P, K2P, sont inhibiteurs (ils diminuent l'activité des neurones) et il en existe plusieurs types ; or on a identifié des mutations du gène codant l'un de ces canaux, TRESK, certaines provoquant des migraines, d'autres non. Et l'équipe de Sandoz vient de découvrir qu'une mutation précise de TRESK provoque l'apparition de deux canaux potassiques mutants au lieu d'un ! D'où la douleur. Mais quel est le mécanisme en jeu ?
@ Cerveau & Psycho
Pour simplifier, un canal est une protéine qui est traduite à partir d'un ARN messager, le « transcrit » d'un gène. Normalement, l'ARN messager issu du gène TRESK est traduit en canal TRESK, qui, inséré dans la membrane des neurones, influe sur la propagation de l'influx nerveux en diminuant l'excitabilité (voir la figure ci-dessus). Mais en cas de mutation, via un mécanisme que les chercheurs ont identifié et qu'ils ont nommé fsATI (frameshift mutation induced-alternative translation initiation), le gène TRESK muté est « transcrit » de deux façons distinctes, ce qui produit deux canaux : TRESK-Mutant-1 et TRESK-Mutant-2. Or ce dernier interagit avec d'autres canaux K2P, nommés TREK, qui ne remplissent alors plus leur fonction apaisante, ce qui conduit à une hyperexcitabilité des neurones. D'où la transmission de la douleur le long des fibres du trijumeau. Par ailleurs, les chercheurs ont confirmé chez les animaux que si l'on bloque (génétiquement) l'activité des canaux TREK, les rats souffrent de migraines (qui se caractérisent par une hypersensibilité de la face). Ils espèrent maintenant trouver des molécules qui permettent de relancer l'activité des TREK chez les migraineux ou d'empêcher l'interaction de ces canaux avec les TRESK-Mutant-2. Ces molécules seraient alors des médicaments potentiels.

Source : pourlascience.fr /Bénédicte Salthun-Lassalle| 26 février 2019

 

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